Confession – L’esprit du Père Damien

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père Dam

Il y a quelques mois, j’ai emménagé dans un nouveau quartier. En 10 ans de vie bruxelloise, cela fait tout de même 6 fois que je remplis mes boites à chaussures pour les vider quelques pâtés de maisons plus loin. Des quartiers, j’en ai connu, et tous différents. J’ai commencé par la place Anneesens, puis la rue des Fabriques, dans la zone du centre située entre la porte d’Anderlecht et la Bourse. Ensuite, pendant mon époque chômeur, j’ai opté logiquement pour un quartier correspondant à mon standing, situé entre la gare du Midi et Cureghem. Quartier qui au final offrait de nombreuses commodités : échange des figurines pannini coupe du monde avec le petit bilal et son cousin Sheriff, succulente mitraillette halal sauce mamouth à 2€ (imbattable), port du training conseillé à toute heure (ambiance casual), achat de cigarettes à la pièce, etc.

Dès mon accès à l’emploi, suivant ma logique d’implantation proportionnée au niveau socio économique, j’ai déménagé à proximité de la place Flagey. A peine deux ans plus tard, c’est une sombre histoire de champignons (sur les murs) qui me décida à franchir un cap relativement délicat : la vie en couple.

Et là, vu que je venais de faire un nouveau bond dans la hyerarchie socio économique ( vie de couple + nouveau job au titre légèrement ronflant) il a fallu trouver mieux que la place Flagey. Le problème, c’est qu’à Bruxelles, il y a pas plus hype que Flagey. Alors, avec ma blonde, on a eu l’audacieuse idée de s’installer chez les riches. Nous voilà donc presque malgré nous habitant à la porte de ce que mon frère F-Hache a coutume d’appeller « Bruxelles-est », vaste zone qui s’étend du rondpoint Montgoméry vers le haut de Schaerbeek, englobant au passage tout Woluwe, Krainem, Wezembeek, et qui compte la plus grosse concentration de familles bourgeoises élitistes et exaspéremment bienveillantes de la capitale. Quel cafard.   Dans le quartier, bien entendu, ce sont les expats qui font la loi, proximité des institutions européennes oblige. En deuxième ligne les jeunes cadres qui promènent leur labrador, en arborant un gilet de sauvetage et une écharpe burburry. Cela crée une ambiance très « corporate », dont la convivialité se situe entre le hall d’aéroport et la station de sport d’hiver. Bref, rien de très chaleureux pour un homme comme moi, qui aime les lieux qui ont une âme.

C’est vous dire mon bonheur en découvrant dans ma boîte l’autre soir un petit feuillet « contact quartier ». Imprimé en noir et blanc sur une page A4, dans le plus grand épurement stylistique, quelques dévoués voisins souhaitaient la bienvenue aux nouveaux arrivés  : « Il y a eu beaucoup de mouvement cet été. Des camions de déménagement qui chargeaient et déchargeaient… Donc bienvenue à nos nouveaux voisins !». Qui peut bien imaginer que tout le monde a les moyens de faire appel à une société de déménagement ? Plus loin : « Dans nos familles quelques évènements heureux. Toutes nos félicitations au Docteur et Madame D. , pour le mariage de leur fils Nathanaël avec Mademoiselle A. H.

Toutes nos félicitations à Monsieur et Madame W. pour la naissance de leur fils Léopold ».

Léger malaise, me direz-vous ?

Non, peu importe, car c’était là la preuve qu’il existait quelque part, cachée derrière ces façades bourgeoises, une authentique atmosphère de quartier. Ces mots d’accueil m’ont véritablement réchauffé le cœur. C’est alors qu’étudiant le verso du feuillet, une annonce d’un genre particulier retint toute mon intention :

« Regardez le monde à la manière du Père Damien, l’apôtre des lépreux -  Il sera canonisé à Rome le 11 octobre par le Pape Benoît XVI – Avec notre paroisse, nous partons sur les pas du Père Damien… »

Le même jour, une photo de notre bon roi Albert pratiquant un baise-main en bonne et due forme à Benoît XVI faisait la une des journaux. Ces deux évènements combinés eurent un effet inattendu. Ils réveillèrent en moi un trauma d’enfance, provoqué par un épisode de ma vie personnelle particulièrement douloureux. Jusqu’alors ce souvenir était resté enfoui au plus profond de moi.   Si je prends la peine de vous le livrer aujourd’hui, c’est parce que j’ai l’espoir que l’exercice de l’écriture m’aidera à panser cette vieille blessure.

albertII

C’était en 1994, le Saint Père d’alors, le très regretté Jean-Paul II, devait se rendre en Belgique pour béatifier l’apôtre des lépreux. J’avais à l’époque 6 ans… ou 12 (merde), et je faisais encore partie, sous l’impulsion parentale, de la chaleureuse communauté des Chrétiens pratiquants. Cela impliquait ma présence à la messe dominicale, l’ingestion de pastille de pain sec, la profession de foi en blanche aube, la décapitation de pièce glacée-montée en forme d’agneau et bien d’autres pratiques qui aujourd’hui me font froid dans le dos. A l’époque, mon libre arbitre était au même stade d’avancement que ma puberté. Suivant alors une excellente suggestion de ma chère maman, j’avais saisi ma plus belle plume pour adresser une missive à Monseigneur Jean, évêque de Tournai. Dans cette lettre, je lui demandais de pouvoir être de ceux qui baiserait la main du Saint-Père lors de sa venue en Belgique, prétextant l’émotion qui m’envahissait à l’idée de voir mon (alors futur) saint patron se faire béatifié. Une dizaine de jour plus tard, une lettre frappée du sceau de l’évêché m’arriva en retour. Je me souviens très bien du frisson qui me parcouru alors. Dans sa réponse, Monseigneur Jean promettait de me confier à Damien dans la prière. Quelle émotion. Il avait joint également une copie carbone du courrier qu’il avait adressé au comité chargé de l’accueil du Saint Père.  « Monsieur le Secrétaire, je reçois la demande ci-jointe de la part d’un jeune du R (hainaut), Damien Hache pour pouvoir participer à la béatification de son Saint protecteur de baptême, et en raison des liens avec sa famille (j’avais évoqué une vieille tante qui réside aux iles sandwichs, là même ou Damien pansait des moignons). Que faire pour répondre à ces attentes ? Lui permettre d’être de ceux qui communieront de la main du Saint Père ? … »

A partir de ce moment, autant vous dire que toute mon existence était suspendue à la décision de cet obscur secrétaire. Je ne dormais plus guère. J’avais perdu l’appétit. Mais mon être tout entier était prière et spiritualité. Et puis, quelques semaines plus tard, en une seconde, tout s’est cassé la gueule. Ce fils de … de sale pollack de Jean Paul II a annulé son déplacement. Dans un premier temps, j’ai eu envie de me pendre. Mais comme je venais de rater mon badge nœuds chez les scouts l’été précédent, je n’ai rien fait. Aujourd’hui je réalise que c’est à partir de ce jour que ma vie a basculé.  Si je suis ce que je suis, à savoir, entre autre chose, un merdeux arrogant et aigri, qui passe son temps à écrire des saloperies sur les autres, c’est à cause du pape.  Pffff, faire ça à un enfant de 6 ans 12 ans. Napalm sur le Vatican !



4 réponses à “Confession – L’esprit du Père Damien”

  1. pauline dit :

    Tu t’en sortiras vieux dams, Dieu a un coeur bien plus grand que ce que tu penses!

    Allouh Akbar

  2. D-Hache dit :

    Pauline, si tu continues à parler comme ça je vais m’inquiéter plus pour toi que pour moi

  3. Dr Kus dit :

    Parfois l’échec est une réussite…
    In nomine patre… …Amen!

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