Le Week-end avait commencé sur une peau de banane : quelques godets entre amis dans notre crèmerie préférée et un réveil samedi matin dans un état de santé plus que pitoyable. Aurais-je de la fièvre ? Mais non, abruti, tu as juste une méga gueule de bois. Incapable de tenir sur mes jambes, vomissements incessants, gigitte galopante, migraine puissance dix. Comme un gosse, j’ai pleurniché toute la journée jusqu’à ce que ma blonde exaspérée appelle SOS médecins. Une judicieuse piquouze dans la fesse, et sur le quart de sept, j’étais accoudé à table et j’avalais 40 bons centimètres de chipolata. Histoire banale et sans intérêt me direz-vous. Je vous l’accorde. Mais cet épisode devait être évoqué pour en arriver à la suite.
A cause de mon comportement inqualifiable, ma bonne amie avait du annuler son départ pour les terres du Sud. Elle avait prévu de passer le week-end en Gaume pour y visiter de la famille. Me sentant quelque peu responsable de ce départ avorté, j’ai pensé qu’il serait de bon ton de l’accompagner dès le lendemain dans ce long périple. J’en profiterais pour alimenter ce blog d’une enquête indispensable et parfaitement d’actualité en ce Week-end de Toussaint : Comment pratique-t-on le cultes des morts en Gaume, où vraisemblablement la pensée magique est toujours présente ?
Arrivés en terre gaumaise, il nous faut aussitôt affronter l’hospitalité autochtone pour se faire accepter.
Dame Monique : « Je vous ai préparé des étuvées »
-« Des quoi ? » Vu mes déboires de la veille, j’ai paniqué d’emblée.
Puis finalement, j’ai fait confiance à l’audace de la cuisine gaumaise et le tout est passé comme une lettre à la poste. Pour les amateurs du genre : plates-côte de porcs et saucisses fumées mijotées au petits oignons et aux pommes de terres. Voyez plutôt.
Je profite de ce merveilleux repas pour tenter de questionner Dame Monique sur ses croyances et sur les traditions de Toussaint en Gaume. Mais la conversation dévie très vite sur le curé du village qu’elle connaît très bien parce qu’il a presque le même âge qu’elle. Même qu’il lui a téléphoné pas plus tard qu’hier pour organiser une partie de whist. Et même qu’ils jouent pour de l’argent. Merde alors, pour la pensée magique, je me suis trompé de chapelle… ou d’interprétation.
Alors que j’interrogeais dame Monique sur sa ville, Chiny, son histoire et les curiosités locales :
-« A Chiny, on a au moins 4 ou 5 points de vue (sur la Semois – rivière). Tandis qu’à Florenville, ils n’en ont qu’un, derrière l’église »
Ce genre d’histoire de rivalité entre deux villes voisines me plaît beaucoup. Alors je continue à poser des questions. Chiny, parait-il a une histoire plus riche que Florenville, et Chiny a surtout….les comtes de Chiny depuis le Xème siècle. Alors que Florenville, n’est qu’une ville de vendeurs de patates. Depuis l’après guerre, Chiny s’est développé autour du tourisme local, avec sa superbe forêt, ses points de vue sur la Semois. Selon cette native de la ville, on se trouverait ici sur la Riviera des Ardennes.
« A l’époque, on disait même Paris-Chiny !»
Surpris par tant d’enthousiasme, je suis allé faire un tour en bord de Semois, pour vérifier de mes yeux propres s’il convenait d’y mettre un bémol. Et ma foi, je ne puis qu’abonder dans le sens des autochtones. La forêt est magnifique. Magique. J’étais envoûté.


Mon enquête m’avait mené dans un univers mystérieux, fort semblable à celui d’un de mes heros de fiction préféré. Les grands pins, la vieille scierie, le chant des hiboux. Tout y était. Prenant exemple sur l’agent spécial Dale Cooper, j’ai voulu me mettre complètement en phase avec les traditions culinaires locales et suis allé déguster une délicieuse truite arrosée de quelques maitranks au moulin cambier. Diable quel bonheur ! Je ne puis que vous le recommander.
Mais revenons à notre enquête. Pour donner de la consistance à mon travail, je me suis mis en tête de donner un droit de réponse aux Florenvillois. J’arrive donc dans la bourgade voisine à la tombée du jour. Sur la Place principale, quelques brasseries aux façades illuminées par des néons colorés semblent constituer le “hot spot” de la Région. Mais en ce dimanche pluvieux de Toussaint, on a peine à se croire dans le Vegas wallon. Quoiqu’il en soi, accompagné de ma bonne amie, nous poussons la porte d’un établissement a priori peu en phase avec la ruralité de ce territoire.
« On a conçu tout l’intérieur avec une boite d’architectes parisiens » glisse Edouard, le patron.
« Tiens donc, quelle riche idée »… Prétendant travailler à la rédaction d’un article de presse sur Florenville et ses environs, j’avais abordé d’emblée le chef de boutique. Visiblement impressionné par mon nouveau Moleskine, ce cher Edouard s’est enflammé et a commencé à passer en revue tous les hauts lieux de la bourgade.
-”A Florenville on a la meilleur patate de Belgique (ça je savais déjà), on a des artistes et des artisans incroyables. Vous devez aller à Sainte-Cécile, chez le sculpteur Freddy B. Attendez je lui téléphone pour annoncer votre arrivée.
-”Non, non, malheureusement, ça ne va pas être possible, on doit être de retour à Bruxelles ce soir pour la réunion de rédaction, vous comprenez ?”
-”Ah oui, et vous écrivez pour ?”
-”Bon allez on file hein…”
Bon dieu de merde, ça m’apprendra à faire le malin. Ce faisant tard, nous décidons de crécher dans une pittoresque auberge

Depuis notre arrivée en Gaume, il pleut comme vache qui pisse ; mon enquête prend l’eau. Une nuit de sommeil et un petit déjeuner au pâté gaumais parviennent à peine à me remotiver. Nous sommes à Chassepierre. Débarrassé de toutes ces caravanes de saltimbanques et de joueurs de pistons, le village à vraiment du cachet. Juste en dessous de l’église, un panneau indique le trou des fées.
“Bingo- si ça c’est pas une piste…”
La veille, j’avais réussi à obtenir, du chocolatier Edouard, une information en rapport avec le culte des morts en Gaume. Il existe à différents endroits de la région des lieux appelés « trous des fées ». Il s’agit de petites grottes par lesquelles les morts communiqueraient avec les vivants. Je ne sais pas ce que j’espérais trouver en descendant ce chemin, mais mis à part quelques paquet de rizzla king size et des restes de pipe à eau, il n’y avait pas grand chose. Fallait-il y voir une preuve que les ados du coin restent proches de la pensée magique ? Probablement pas.

Et c’est pour cette raison que j’ai décidé de suicider mon enquête au fond cette grotte.
8 février 2010 à 14:35 |
Monsieur Hache, que de détours emberlificotés et de digressions vaseuses pour nous peindre un vieux week-end pluvieux chez les bouffe-cailloux où demeure votre belle grand-mère! J’aurais encore préféré du foutballe.
A quand un article sur les divers procédés permettant d’obtenir une bonne bière triple fermentation?
Tendrement votre,